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UNIVERSITE 2.0, ON JOUE LES PROLONGATIONS ?

29 Déc

Article Université 2.0 téléchargeable en PDF

 

Les réseaux sociaux, tout le monde connait, tout le monde les utilise, toutes générations confondues. En effet, qui n’a pas connu les joies des incursions intempestives de sa charmante génitrice sur son mur Facebook ? Ces indiscrétions relatant vos secrets d’enfants, ceux que vous pensiez bien rangés dans la sphère de l’intimité familiale qui se retrouvent pourtant au grand jour pour le plus grand plaisir de votre communauté d’amis, hilares, parce que mômon trouve cela « trop mignon » ?

Des exemples comme celui-ci il en existe beaucoup. Car oui les réseaux sociaux ont le plus souvent  cette image d’échanges personnels voire intimistes. Difficile donc de s’imaginer une institution telle que l’université Claude Bernard de Lyon se réapproprier ces outils. Et pourtant. Chronique d’une innovation ?

L’échauffement

 

De tout temps les étudiants se sont échangé leurs cours et notes. Cette pratique est aujourd’hui encore plus facile avec le web. Si les étudiants savent partager leurs connaissances sur la vague des réseaux sociaux, pourquoi l’université ne saurait-elle pas en faire autant ?

Sur le terrain de Claude Bernard, quatre mille enseignants soutenus par un public de trente cinq mille étudiants. Sept cent de ces enseignants forment l’équipe titulaire, celle qui occupe l’espace de la plateforme e-learning de l’université par leurs PDF et leurs Power Point. Une centaine d’entre eux montés au rang des buteurs grâce à trois ou quatre connexions journalières.

Avant l’arrivée du nouvel entraineur Christophe Batier*,  les professeurs étaient rompus aux règles séculaires de la transmission du savoir traditionnel, linéaire, consistant à prodiguer un cours dans un amphithéâtre, endossant le rôle de guide pour les étudiants, leur dictant quoi faire, quand et comment. Avec l’arrivée du projet SPIRALE 1.0, certains de ces enseignants se mettent au Word en ligne voire, pour les plus audacieux, au PDF qu’ils demandent aux étudiants de compulser et d’imprimer avant de se présenter en cours. Un premier pas vers l’usage des TICEs, fébrile mais nécessaire. Parfois l’un d’entre eux innove par la création d’un forum invitant les élèves à questionner le docte professeur hors des cours. Quelques QCM permettent aux apprenants de s’entrainer au maniement des connaissances nouvelles et au professeur de vérifier la bonne compréhension de son discours. C’était le système adopté par la majorité des enseignants, rudimentaire au regard de nos pratiques actuelles, car centré uniquement sur le professant, mais un premier échauffement nécessaire avant l’entrée sur le terrain du 2.0.

Voici les faits que nous expose Christophe Batier sur cette vidéo traitant de : « Comment une université se sert-elle du web social pour formaliser ses contacts avec ses étudiants, quel retour d’expérience, quel bénéfice ? » du 28 mai 2008.

L’observatrice que je suis, encore loin d’être rompue aux us de ce type d’interventions, ne peut s’empêcher d’être quelque peu incommodée par le ton employé : un soupçon goguenard pour ne pas dire incisif lorsque l’on évoque ces prémisses de la pratique du e-learning. Je ne peux m’abstenir de m’interroger sur la pertinence qu’il y a à employer ce ton épigrammatique au sujet de pratiques certes maladroites mais qui replacées dans le contexte de l’époque, au regard de la jeunesse de ce système, me semble déplacé. Je ne peux me retenir de songer que dans toute démarche scientifique, l’empirisme tient une place prépondérante et qu’à ce titre l’enseignement unilatéral que nous avons connu ne doit pas forcément être rétrogradé au rang de dinosaure obsolète sans autre forme de procès. Après tout, n’est-ce pas ce même décorum qui a fait de nous les  démiurges que nous sommes aujourd’hui ? Sous entendriez-vous, monsieur Batier, que nous sommes le fruit d’une génération désuète? Mais passons, la spectatrice que je suis ne maitrise pas encore assez les règles de ce jeu pour se permettre un jugement si catégorique, je garde donc pour moi ces premières impressions et reste attentive, impatiente que le match commence…

* Responsable du E-learning à Lyon 1

 

La partie commence

Les nouvelles règles mises en place dans ce dispositif technologique pédagogique ne sont plus centrées sur le professeur mais sur le groupe. Avec ces nouvelles règles ce sont tous les étudiants qui participent à la création du contenu pédagogique. Cette nouvelle méthode se base donc sur l’action du groupe, à l’aide de plusieurs tactiques savamment orchestrées :

Le Wii learning : consiste à mettre à la disposition du corps professoral un infographiste 3D pour réaliser des supports de cours. Une manette est confiée au professeur lui permettant de manipuler ces objets projetés sur l’écran.

Dès lors on peut constater un changement de posture dans le comportement du manipulateur. Celui-ci part d’instinct à la rencontre de son public dans une logique participative. Il leur permet même d’expérimenter les notions étudiées à l’aide du ballon de la manette.

Le wiki : l’une des problématiques des rencontres grand public, autrement dit de l’enseignement de masse dans un amphithéâtre, est le manque de dynamisme et d’interactivité. Les étudiants spectateurs parfois ne comprennent pas ce qui se passe sur le terrain, dorment ou désertent simplement les lieux. Il fallait donc trouver une solution à ce manque d’engouement pour la pratique de ce sport qu’est l’apprentissage. L’idée est d’impliquer des apprenants choisis au hasard en leur donnant le rôle de journalistes. Ils ont pour tâche de travailler par groupe à la restitution d’un cours avec pour support le Power Point fourni par l’arbitre. L’écriture du pamphlet se fait sur un wiki. L’implication des spectateurs maintenant acteurs de la pérennisation des minutes de l’action se reconnait au premier abord par une forme de sociabilisation dans l’amphithéâtre, parfois problématique auparavant. On remarque également une forme d’émulation entre les groupes pour gagner la coupe de la meilleure restitution. L’intérêt pour l’arbitre réside dans l’implication des étudiants à la création de ces contenus bien sur, mais également voir son message remédiatisé par son public lui autorise des ajustements pédagogiques en cas de mauvaise compréhension de l’action. Une limite toutefois : ce modèle ne peut s’appliquer à plus de trois cent étudiants présents sur les gradins.

Les podcasts : une majorité d’étudiants possède une web cam. Cela leur permet de réaliser des podcasts du cours que le professeur retransmet afin de faciliter l’arrêt sur image des interventions et l’appropriation des actions par les étudiants. Il faut cependant porter une grande attention à la définition du résultat attendu afin de ne pas avoir à sanctionner certaines dérives d’un carton jaune.

Un facteur essentiel est à retenir de ces diverses implications de l’apprenant-spectateur : c’est le choix du média qui apporte du dynamisme au contenu.

La seconde mi-temps

Après cette étape décisive du jeu, le dispositif 3.0 se tourne maintenant intégralement vers l’apprenant. Les contenus des podcasts sur la plateforme sont contextualisés afin de les remédiatiser, les présenter différemment pour que les étudiants puissent les suivre de façon non linéaire, les rediffuser par la suite. Le terrain est délimité par une interface similaire à Dailymotion afin que l’élève puisse créer sa propre chaine de podcasts à partir des replay diffusés. Cette approche digne d’un PLE** offre l’avantage de personnaliser son dispositif en fonction de son profil d’apprenant et de ses affinités.

Le développement de sérious games permet en outre une implication plus forte et les apprenants appréhendent plus facilement certaines notions complexes par le biais de ce détour cognitif.

L’entrée de Facebook sur le terrain est le moment fort du jeu. Il permet un accès au système de LMS directement par la page d’accueil de cette interface que les étudiants sont habitués à fréquenter, mais pas seulement. Par le biais d’une application,  l’étudiant dispose également d’une page personnelle qu’il partage et qui constitue son identité numérique. On y trouve entre autres la liste des cours auxquels il est inscrit. On constate en effet que 25% des étudiants de 1ère année à l’université n’ont aucun rapport entre eux. Cette problématique de communication et de sociabilisation impacte directement sur la motivation de l’apprenant. Elle se retrouve également en enseignement e-learning ou les étudiants déplorent couramment de ne pas se connaitre, ce qui peut renforcer le sentiment d’isolement. L’on sait pourtant qu’il existe des liens implicites entre les étudiants : leurs gouts, leurs hobbies, leurs habitudes de consommation etc. L’utilisation de Facebook permet de créer des liens et de les rendre explicites. Donc d’un point de vue pédagogique le système trouve naturellement son intérêt : il permet de s’ouvrir à un groupe, de créer des profils d’étudiants afin de pouvoir se reconnaitre dans certaines catégories. L’analyse possible des comportements estudiantins vis-à-vis de ces profils profite à la quantification de « qui fait quoi » et ouvre la voie en mettant au jour ces liens implicites qui deviennent alors explicites.

Un autre avantage majeur de ce procédé réside dans le fait que les étudiants ont spontanément ce réflexe de création d’espace collaboratif autorisant son application à l’espace de travail. D’instinct le cercle est à même de valider ou non le travail de l’un des leurs. Les échanges deviennent ainsi beaucoup plus interactifs, les rendus moins mono formalisés sont moins rébarbatifs pour les apprenants comme pour les professeurs.

L’alternative d’une messagerie instantanée qui autorise des rapports synchrones élève / professeur n’est pas non plus dénuée d’intérêt mais rouvre une controverse éthique depuis longtemps débattue : Le professeur doit-il devenir amis avec ses étudiants ? Le rapport de proximité induit pose clairement des problèmes de distanciation. Faut-il donc l’autoriser ? L’encadrer ? Le proscrire ?

Revenons et explicitons l’idée de création d’identité numérique pour chaque étudiant. Elle consiste à définir publiquement plusieurs critères de sa personnalité :

  •   Ce que je dis        par les forums
  •   Ce que j’apprécie         par le gestionnaire de commentaires et d’évaluations
  •   Ce qui me passionne         par Facebook
  •   Ce que je sais          Par mes anciens cours
  •   Ce que je partage         par un porte folio
  •   Mes coordonnées          par un annuaire ou mon Open ID
  •   Ce qui me représente          par un avatar ou mon rôle dans un serious game
  •   Ce que je fais           par ma profession si je suis ancien élève
  •   Ce qui se dit de moi           ma réputation par un tableau de bord
  •   Ce que j’achète           par ma consommation, ma formation continue
  •   Qui je connais           par mon audience sur Facebook

Ce tableau présente un certains nombre d’avantage pour l’étudiant. Outre l’évidence de garder le contact avec les anciens élèves et la communauté, ce principe permet un visuel directement consultable en ligne, d’une part des diplômes et des acquis (ect) validés par l’institution ainsi que la validation du niveau de l’étudiant et des compétences par les notes du professeur.

Il présente également un intérêt pédagogique pour l’enseignant : l’augmentation de l’implication personnelle de l’étudiant dans le dispositif, facteur d’un accroissement de motivation, l’augmentation de la communication avec les étudiants, la possibilité d’avoir une perception individuelle et des groupes d’étudiants et l’apprentissage par l’élève de la gestion de son identité numérique.

Un autre avis nuancé. Dans cette grille d’outils de création d’identité numérique, la place de l’ego est prépondérante. On s’intéresse en effet beaucoup aux aspects personnels de l’étudiant, ses gouts, etc. Je me demande dans quelle mesure nous ne sommes pas face à une forme de violation de la sphère privée et si l’on ne peut pas se prémunir de certaines dérives prévisibles. Pour rebondir sur la question du représentant du PREAU concernant les apports en compétences et pédagogiques de cette structure, ou monsieur Batier affirme pouvoir, avec cet outil, distinguer des compétences annexes utiles pour le travail collaboratif, je pousserais plus loin le raisonnement : Dans quelle mesure l’accès à ses informations annexes ne présente pas un facteur de risque de glissement vers un jugement de valeur fondé sur ces données auxiliaires ? Ou pour aller encore plus loin, dans quelle mesure peut-on avoir la certitude que ces informations fournies par l’étudiant son exactes, sans volonté sous-jacente de reconnaissance sociale ou de leadership ? En résumé, par quel moyen peut-on valider la véracité de ces compétences annexes ?

 

Il faut noter que l’engagement à ce processus par l’apprenant reste volontaire. La question qui me vient alors à ce sujet est de m’interroger sur ce volontariat. Dans quelle mesure inciter les étudiants à utiliser cette application ne reviendrait pas à les guider dans leur formation et ainsi accomplir son rôle de pédagogue, d’accompagnateur ? Mon expérience d’étudiante en e-learning me laisse penser que le libre arbitre des processus de formation et d’outils peut induire une certaine latence voire un manque d’ancrage dans la formation. Il me semble délicat pour un étudiant de définir ses choix au sein un périmètre nouveau et inconnu et cela peut au final être plus déroutant que constructif. A mon sens, inciter à utiliser une telle application sans obligation de la conserver pourrait-être plus fédérateur de confiance, plus rassurant.

* * Personnal Learning Environnement

 

La troisième mi-temps

Ou le paradoxe de se trouver à mi chemin entre la position d’étudiant et d’instigateur de la formation.

La première pensée qui me vient au sujet de cette application Facebook concerne la pérennité à moyen et long terme de ces espaces de communication. L’intérêt de cette méthode réside dans la pérennisation de ces espaces afin d’engendrer une source de partage de connaissances plus ou moins formels et d’y avoir accès in fine lors de sa vie professionnelle. Imaginons que l’interface Facebook soit abandonnée au bénéfice d’une autre évolution, que deviennent ces données ? Qu’en est-il des relations communautaires établies ? Dans un tel cas de figure, que peut transporter l’étudiant ? Des données, peut-être, mais son réseau social a peu de chance de perdurer, ce réseau qui s’est construit au fil du temps et des digressions estudiantines risque fort de ne pas résister à la délocalisation. Et si l’on s’en tient uniquement aux données institutionnelles, quels sont les enjeux sous-jacents à leur délocalisation d’un point de vue juridique ? Prenons l’exemple des podcasts. Les étudiants les ont crées et son donc d’une certaine logique détenteur des droits d’auteur ou de formalisation. Imaginons que l’un de ces étudiants décide de commercialiser sa production en vendant ces podcasts en ligne à des étudiants venus d’autres horizons (cela se voit couramment dans les forums étudiants avec les notes de cours), quel en est le cadre légal ? La question se pose de la même façon au sujet des wikis et toutes autres productions estudiantines.

Une autre source de questionnement concerne l’élaboration de cette grille d’outils de création de l’identité numérique qui est évoquée plus haut. D’un point de vue déontologique, on peut raisonnablement s’interroger sur l’intérêt qu’il y a pour un professeur d’avoir accès à ces informations, à quel degré il doit savoir ce qu’il se passe dans la vie d’un étudiant ? Peut-on vraiment se prémunir de toute influence sur son jugement pour de mauvaises raisons ? Caricaturalement, ne peut-on pas envisager la naissance d’un « délit de sale gueule numérique » ? Pour s’en prémunir, la solution consiste bien sur à dissocier son profil personnel de son profil institutionnel, au risque pour reprendre les termes de monsieur Batier, de sombrer dans une forme de schizophrénie de l’identité virtuelle.

Un autre point m’a frappée : je remarque au fil de l’expérience le besoin ressenti par les étudiants de se mettre en scène, également au sein de ce schéma institutionnel. Je m’interroge sur les raisons sous-jacentes à cet état. Doit-on y déceler une volonté d’humaniser ces rapports institutionnels ? Et si c’est le cas, pour quelle raison ? Doit-on déceler un manque de reconnaissance induit par le nombre des identités numériques, de dépersonnalisation des rapports ? Une volonté de se démarquer à des fins d’augmenter des résultats? Un ressenti de manque de prise en compte du facteur humain dans le système ?

 

 

 

En conclusion cette présentation apporte une bonne vision de l’évolution des TICEs,  une foule d’idées, de propositions et de mises en place fort intéressantes pour la plupart. Mais sans vouloir être force de polémique,  le ton bonhomme me semble un peu exagéré. Nous savons tous que rien n’est idyllique et que pour chaque bénéfice il faut concilier avec une part de négatif. Je ne retrouve pas cette approche pragmatique au travers de ces propos et cela me laisse un peu sur ma « faim ». Je suis convaincue que l’utilisation des TICs est un facteur de réussite indispensable, sinon je n’aurais pas ma place dans cette formation. Cela dit, les retours d’expérience sont encore jeunes et n’abordent que trop rarement les aspects négatifs, ne permettant pas de s’y préparer et de les anticiper. Je trouve cela un peu dommageable ne serait-ce que du point de vue de la crédibilité grand public. Un discours plus réaliste aiderait peut-être à redorer le blason du e-learning qui a déjà essuyé un certain nombre d’échecs qui entachent sa réputation. On s’y emploie ?

 

 
2 Commentaires

Publié par le 29 décembre 2012 dans Panorama de la formation en ligne

 

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2 réponses à “UNIVERSITE 2.0, ON JOUE LES PROLONGATIONS ?

  1. karinemarquis

    11 janvier 2013 at 07:35

    Citation: « amhusson on 10 janvier 2013 at 18 h 27 min said: Edit

    Merci Karine ! tu as conduit une analyse très fine de toute cette expérimentation (ce qui montre combien tu as compris le sujet !) mais tu en donnes aussi un point de vue critique, le plus souvent très pertinent ! Oui, je suis d’accord avec toi sur l’importance de trouver la frontière en information personnelle et information instituionnelle, entre déballage egotiste et une juste présentation de soi … Apprendre la responsabilité sur les réseaux sociaux fait aussi partie de la mission éducative que devrait se donner enseignants (cela passe par la possibilité de choisir, de réfléchir aux effets à court et à long terme, et de pouvoir piloter soi-même sa propre contibution …) »

     

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