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Des MOOCs et des musées

24 mai

Des MOOCs et des musées

Créé le lundi 8 avril 2013  |  Mise à jour le mercredi 10 avril 2013

Des MOOCs et des musées

Dans l’écosystème actuel de l’information et de l’éducation, transformé par les nouvelles technologies, les savoirs peuvent s’acquérir ailleurs que dans les lieux physiques des institutions d’enseignement ou des institutions muséales. Les apprentissages peuvent notamment se réaliser grâce à des communautés, des groupes d’apprentissage en ligne constitués  autour d’un thème, d’une discipline, d’un artiste, d’une période historique, qui transcendent parfois les frontières institutionnelles.

Le phénomène des MOOCs (Massive Online Open Course), qui prend de l’ampleur dans le monde de l’enseignement,  intéresse les équipes de médiation muséale comme un moyen de préparer ou de prolonger la visite, de faire avancer les connaissances sur un sujet, de fidéliser son public, de l’élargir, de donner un accès aux collections et aux savoirs aux individus qui ne peuvent pas se rendre au musée, etc.

Pourquoi des MOOCs dans les musées ?

Robert Connolly, blogueur et directeur du musée C.H. Nash de l’Université de Memphis écrit, dans un article intitulé What MOOCs can teach us about community outreach, publié en juillet 2012, que les MOOCs constituent l’un des nombreux moyens de rendre l’information disponible à toute personne qui a un accès Internet. Plutôt que de mettre l’emphase sur ce que les technologies n’offrent pas (NDLR  : par exemple l’expérience du contact direct avec le véritable objet de collection), l’auteur souhaiterait qu’on considère l’utilisation de ces applications pour tout ce qu’elles ont à offrir comme possibilités de développement et d’enrichissement pour les publics des musées.

Dans un article intitulé MOOCs and Museums publié sur le blogue edgital, Erin Branham, éducatrice de musée, réfléchit sur les possibilités que les MOOCs ont à offrir aux musées. Elle mentionne que les désavantages des MOOCs pour les institutions d’enseignement (non créditées, difficiles à évaluer, ayant un fort taux d’abandon) ne le sont pas pour les musées parce que ceux-ci offrent déjà des formations non créditées et non évaluées, tandis que les avantages des MOOCs (élargir l’accès à une offre éducative de qualité) y sont tout aussi pertinents. Enseigner à des publics éloignés grâce aux outils numériques, donner accès à des ressources riches pour un public, cela va tout à fait dans le sens des missions éducatives des musées.

L’auteure termine en posant cette question : si un musée peut donner une formation en ligne qui encourage la discussion, la formation de communautés d’étude et la création par les participants, qu’il peut fournir cette formation à 20 000 personnes à la fois, pourquoi ne le ferait-il pas ?

Amorcer la réflexion sur une éducation muséale ouverte

Dans Museums and Open Education, Beth Harris et Steven Zucker écrivent, dans cet article paru à l’automne 2012 sur le blog SmartHistory de la Khan Academy, que la réflexion sur l’éducation à la chaîne engendrée par l’apport des nouvelles technologies dans le monde de l’enseignement devrait également mener à une réflexion sur les meilleurs moyens de servir la mission éducative des musées. Pour les auteurs, la discussion sur les nouveaux modèles éducatifs, et tout particulièrement sur les ressources éducatives ouvertes,  doit aussi avoir lieu dans les institutions muséales. Inspirés par trois articles sur l’éducation ouverte par Nina Simon, Gretchen Jennings et Erin Branham, les auteurs suggèrent des pistes à suivre par les équipes d’éducateurs et autres personnels de musées, afin d’amorcer cette réflexion sur l’éducation ouverte au sein des institutions. Leur première suggestion est de se familiariser avec les questions de droits d’auteurs, sur les différentes licences Creative Commons, pour savoir comment on peut utiliser, partager et rendre accessibles les contenus sur les collections de manière ouverte.

Les auteurs suggèrent également de se familiariser avec les communautés spécialisées consacrées aux ressources éducatives libres (REL), la création de cours et de manuels en accès libre et de lire la Déclaration de Paris sur les REL 2012 de l’UNESCO. Harris et Zucker rappellent que les musées offrent déjà des ressources éducatives libres, notamment sur leurs sites web, mais le fossé qui les sépare du monde de l’enseignement  fait en sorte que ces ressources éducatives sont encore mal reconnues, mentionnent les auteurs, en partie parce que les REL créées par les musées sont directement liées à leur programmation in situ. Les collections sont numérisées avec les métadonnées et disponibles en ligne tandis que certains musées décident de donner un accès libre et gratuit aux images numérisées en haute résolution de leurs collections. Pour les auteurs, il s’agit maintenant d’approfondir ce contenu muséal offert en ligne, d’y ajouter des ressources destinées tant aux spécialistes qu’aux néophytes.

Harris et Zucker conseillent d’expérimenter avec les nouveaux outils de travail collaboratifs comme Google Drive ou VoiceThread; ils suggèrent de se familiariser avec les organisations éducatives qui offrent des MOOCs, avec les plateformes  en ligne ou les réseaux sociaux consacrés à l’apprentissage,  de s’inscrire à un MOOC et de passer du temps sur TedEd, par exemple, cette plateforme où on peut monter des leçons collaboratives à partir de vidéos disponibles sur Youtube.

La plus intéressante suggestion des auteurs est sans doute celle de considérer les possibilités éducatives des MOOCs  au-delà des murs physiques de l’institution muséale, au-delà de ses propres collections et de son espace physique. Il est maintenant facile de faire des rapprochements en ligne  entre les collections des différentes institutions, comme le fait notamment le Google Art Project, pour faire des liens entre les oeuvres, les styles, les époques. Les possibilités sont immenses grâce à ces liens à créer par les conservateurs, ces experts qui font la force des musées. L’article suggère enfin que les experts en contenu des musées puissent avoir la possibilité de devenir des créateurs de contenus virtuels, que leurs productions, accessibles en ligne, soient réalisées à l’aide d’outils d’enregistrement et de montage peu dispendieux et faciles d’utilisation. Moins  léchées que des productions professionnelles, ces réalisations maison rejoindront mieux le public, selon Harris et Zucker, parce qu’elle seront de véritables conversations face à une oeuvre ou un artefact : real, imperfect, and authentic.

Des outils et des plateformes

Le doctorant blogueur David Greenfield  travaille sur le thème des nouveaux médias, des musées, de l’éducation et de la formation académique depuis une vingtaine d’années.  Dans une série d’articles consacrés aux MOOCs , il s’interroge sur la place que peuvent avoir ces Massive Online Open Course  dans l’univers muséal.

C’est ainsi que, dans son premier article, Greenfield suggère d’utiliser des outils gratuits et disponibles , pour la création des MOOCs, car les plateformes de gestion de l’apprentissage (LMS) deviennent trop vite désuètes. Cet auteur invite à concevoir les formations  en y intégrant les possibilités du web 2.0 (et les outils sémantiques du web 3.0) pour bâtir les cours et non pas à transférer l’enseignement traditionnel pour en faire une formation en ligne.

Il suggère lui aussi de mettre au point des cours où participent plusieurs institutions (écoles, musées, bibliothèques), afin que chacune joue un rôle différent (organiser, enseigner, évaluer) dans le support à donner aux participants qui ont à s’organiser en communautés et en réseaux d’apprentissage. Greenfield rappelle que le musée est un espace où se créent de petites communautés temporaires où l’on partage des informations, des observations, des questions, autour d’une visite guidée, par exemple. Mieux que ne le ferait une exposition virtuelle, le MOOC  pourrait faire le lien entre les activités muséales en ligne et les groupes créés in situ ; avec sa vie propre, en-dehors des contraintes de l’espace physique du musée,  le MOOC peut devenir le lieu virtuel où des échanges, des explorations peuvent avoir lieu  dans un groupe de personnes intéressées à un même sujet.

Tout comme les précédents auteurs, Greenfield met en évidence les possibilités qu’offrirait un MOOC muséal de faire des liens virtuels entre les oeuvres ou les artefacts de plusieurs institutions muséales dans le monde, chose souvent impossible dans les vraies salles, compte tenu des coûts de transport, d’assurance, etc. Dans le cadre d’un MOOC, les conservateurs fourniraient des informations, mais surtout, précise Greenfield, ces spécialistes poseraient des questions pour stimuler des discussions en ligne entre les groupes de participants, chacun d’entre eux contribuant aux savoirs sur le sujet.

Le MOOC ne remplace pas l’expérience muséale unique de voir les objets réels sur place ; c’est une expérience différente mais tout aussi  valable, notamment pour les personnes qui ne peuvent visiter les collections in situ. Pour Greenfield, le MOOC serait l’environnement virtuel où les experts et toute personne intéressée échangent leurs savoirs et leur expérience sur les objets de collection.

D’une manière plus concrète, Greenfield suggère, surtout pour les institutions muséales dont les moyens financiers sont limités, d’utiliser les plateformes gratuites pour organiser les MOOCs. Greenfield cite notamment Google+ où il est possible de créer des communautés de participants et d’effectuer du travail collaboratif, ainsi que les médias sociaux et les sites de partage comme Pinterest, Twitter, Facebook ou Flickr, en combinant les différentes applications pour créer un MOOC à peu de frais.

 

LIENS

Museums and Open Education : http://smarthistory.khanacademy.org/blog/946/museums-and-open-education/

Série d’articles sur les MOOCs sur View from a Blog : http://davidgreenfield.net/blog/

What MOOCs can teach us about community outreach : http://rcnnolly.wordpress.com/2012/07/16/what-moocs-can-teach-us-about-community-outreach/

MOOCs and Museums : http://www.edgital.org/2013/03/03/moocs-and-museums/

Illustration : Amy Johansson, via Shutterstock

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Publié par le 24 mai 2013 dans Vu sur le web

 

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